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samedi 1 avril 2017

Blériot sur la Seine ! ou des projets de transports rapides sur les fleuves ! Essais à Argentueil en 1912




Hydroplane Blériot sur la Seine
le 24/10/1912
"Essai par Louis Blériot de son véhicule de transport fluvial sur la Seine"
PNYDRE n°3
Agence de presse Rol
Bibliothèque nationale de France


Tout le monde connait Louis Blériot comme un pionnier de l'aviation française et pour sa traversée de la Manche en 1909... 
Les plus érudits savent qu'il a construit beaucoup de choses : des avions bien sûr mais aussi des motos, des chars à voiles, des lanternes pour les automobiles...

Mais j'ai trouvé très très peu d'informations sur les hydroplanes et bateaux glisseurs qu'il a construit. Il y a beaucoup de ses biographies qui n'évoquent même pas ces appareils. 
Pourtant, il y a eu au moins quatre modèles baptisés PNYDRE et déclinés du n° 1 au n° 4. 
Ces prototypes étaient destinés à développer les transports rapides de voyageurs sur les fleuves mais l'Histoire n'a pas retenu ce volet de ses activités. Il a fallu que je trouve des photos de l'hydroplane Pnydre n°3 pour me poser des questions à ce sujet et tenter de glaner quelques informations :










Louis Blériot avec comme passagers un mécanicien et M. Gonzalon-Mejia, commanditaire :





Dans Le Figaro, édition n°299 du 25/10/1912 et dans Le Journal n° 7334 du même jour, les essais de ce bateau glisseur sont relatés :

Il est ainsi précisé dans ces articles, dont vous retrouverez une copie à la fin de cette page, que les essais ont eu lieu le 24/10/1912 à 9h entre le pont de Bezons et le pont d'Argenteuil. Cet appareil a été imaginé et commandé par M. Gonzalon-Mejia pour la navigation fluviale en Colombie !
Il est constitué de 3 flotteurs et propulsé par une hélice aérienne et un moteur Gnome de 50 HP. Comme le précisait la légende d'une photo ci-dessus, l'appareil était piloté par Louis Blériot et il avait comme passager un mécanicien et le commanditaire de l'engin.
Il a réalisé en remontant la Seine une vitesse d'environ 70 km/h, parcourant 2 100 mètres en 1 minute et 51 secondes.

Sur les brevets déposés par Louis Blériot en 1913 et consultables ici, on retrouve les plans des flotteurs qu'il avait développés lors de ces essais :




















D'autres expériences devaient avoir lieu le 25 octobre 1912 et elles devaient permettre de développer cet appareil pour les transports rapides sur les fleuves et en particulier dans les colonies.
Hélas, à priori, une avarie au niveau du radiateur devait mettre un terme à ces essais.

Ils furent repris plus tard puisque le journal l'Humanité publiait dans son édition du 22/09/1913 un article évoquant de nouveaux essais du bateau-glisseur de Louis Blériot. Ce nouvel appareil, le Pnydre n°4 au vu de la photo publiée, était entièrement rectangulaire, long de 9m et large de 2,10m. L'hélice, une Chauvière, est placée à l'arrière du bateau et elle est entrainée par un moteur Laviator de 8 cylindres fixes, de 120 chevaux tournant à 1200 tours.

Nous sommes alors à la fin de l'année 1913 et je suppose que le déclenchement de la première guerre mondiale aura raison de ce projet de transports rapides sur les fleuves. En effet, tous les efforts de Louis Blériot, au travers de sa société aéronautique, porteront sur la construction et l'amélioration des avions qui équiperont l'armée française pendant le conflit. Il en fera ainsi construire plus de 10 000 exemplaires mais nous n'entendrons plus parler de ses hydroglisseurs...



Photo du 16/09/1913, par l'agence Rol, le Pnydre 4 "glisseur Blériot lors de sa présentation à Argenteuil" :

Admirez le moteur en V et ses multiples soupapes :)














Les recherches effectuées pour tenter de savoir où ont été prises ces photos ont été difficiles. Les agrandissements des prises de vue montrent que ces dernières ont été effectuées devant des hangars des établissements Claparéde. Il s'agit de chantiers de constructions de bateaux à Argenteuil dans le Val d'Oise, anciennement Seine et Oise :






J'ai pu retrouver ces établissements sur des cartes postales anciennes :


Si l'on observe bien une des photos des chantiers, on voit bien sur la gauche un pont ferroviaire qui enjambe la Seine :




A l'heure actuelle, Il n'y a qu'un seul pont ferroviaire qui traverse la Seine à Argenteuil et comme la gare est vraiment très proche, je me dis que même si le pont a changé, il n'a pas du être déplacé de beaucoup et la flèche rouge désigne l'endroit où devaient se situer les chantiers. Maintenant, il n'y a plus que la voie rapide, la D311. Les bâtiments ont été repoussés un peu plus loin de la Seine et si l'on voit encore quelques bateaux, les grosses installations navales sont sur l'autre rive de la Seine, à Gennevilliers.








Le premier cliché présenté en entête de cet article n'a pas pu être localisé avec précision :



A priori, pris à Bezons, il pourrait s'agir des usines Bertin. 
Il y avait en effet à l'époque, sur les bords de la Seine, un grand chantier naval comptant 2 à 300 ouvriers mais je n'ai pas pu trouver des photos ou des cartes postales anciennes qui montreraient cette façade si particulière avec le logo de l'usine :



Hélas, les rares photos que j'ai pu trouver de ce chantier ne correspondent pas vraiment... Il faut dire que l'angle de vue n'est pas le même mais toute de même, je n'y vois pas la grande cheminée...




Si d'aventures un lecteur a une idée, c'est avec plaisir que je mettrai à jour cet article :)


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Archives :

Journal Le Figaro, édition n°299 du 25/10/1912 :


Le Journal, édition n°7334 du 25/10/1912 :







Journal l'Humanité, édition n° 3445 du 22/09/1913 :










lundi 20 mars 2017

Encore un oublié de l'Histoire : Julien Guillaume, mécanicien et inventeur (1935)




Le "Tout à Flot", le bateau insubmersible de Julien Guillaume (1935)




Comme souvent dans mes recherches, tout est parti d'une photo trouvée un peu au hasard. On y voit un bateau à moitié immergé dans les eaux de la Seine à Choisy-le-Roi... mais de quoi d'agit-il ?




"Expériences d'un bateau insubmersible à Choisy-le-Roi (Seine) ":



Photographie neg. sur verre 
Agence de Presse Meurisse (1935)

Source : Bibliothèque nationale de France


J'ai retrouvé un article dans un vieux journal évoquant cet événement :

"Un navire a coulé entraînant au fond des flots son capitaine... mais, celui-ci grâce à son invention est remonté à la surface avec son bateau. Ce dernier est un yacht de plaisance, mesurant 10 m. de longueur. Au moyen d'un dispositif que M. Julien GUILLAUME, ancien mécanicien de la marine, avait placé à bord pour l'expérience, le bateau qu'il a mis volontairement en état d'avarie, a coulé, est revenu à la surface et s'y est maintenu en flottaison transformé ainsi en épave flottante.  
C'est après quatre années de recherches laborieuses que M. Julien GUILLAUME a démontré avec succès ce nouveau dispositif de sauvetage assurant l'insubmersibilité des bateaux.  
Voici le yacht "Tout à Flot" remontant à la surface après son expérience.  "



Bon, à la lecture de cet article, nous n'avons pas beaucoup d'informations sur ce nouveau dispositif ! Mais j'ai retrouvé d'autres photos de l'agence de presse qui m'ont donné envie de chercher l'histoire de ce monsieur. 

Notez les détails des photos : la clé pour l'appareil du preneur de vues sur la gauche, la physionomie de l'inventeur :)








Nous n'avons pas beaucoup d'informations sur ce nouveau dispositif... Pourtant, il a fait les honneurs de la presse pendant plusieurs mois. 


Mais qui est-il ce monsieur Julien GUILLAUME ?



Il est né à Rodez et il s'est engagé dans la marine nationale le 20 septembre 1917 à Toulon. Il y est devenu mécanicien. Désigné pour le 20ème contingent de l'école de télégraphie sans fil sur l'Amiral-Thouard, il embarqua ensuite sur un torpilleur, l'Orage, puis sur un contre-torpilleur, le Pistolet.

A la fin de la première guerre mondiale et jusqu'à sa démobilisation, il est affecté au front de mer à Marseille. 

Il est frappé par les catastrophes navales et par le manque de moyens des sauveteurs. Citons la catastrophe du Titanic, en 1912, qui a provoqué la mort d'environ 1 500 victimes. Puis l'Empress of Ireland en 1914 (1 012 morts) et l'Eastland en 1915 (810 morts).

Aussi, Julien GUILLAUME a cherché à éviter ces naufrages. 
Ses recherches ont abouti à un premier appareil qui a fait l'objet d'une démonstration le 02 octobre 1932. Il a ensuite construit un second appareil, ayant vaguement la forme d'un sous-marin, dont il a effectué les essais à Toulon et à Bordeaux et qui lui ont valu de précieux encouragements.

Le 05 janvier 1933, à Marseille, il passe 47 minutes sous l'eau avant d'émerger en présence des autorités locales et du M.TASSO, député et président de la commission de la marine marchande.
Il poursuit ses essais à La Ciotat, à Cannes, Nice, La Seyne et Villefranche. A Saint Raphaël, il a rencontré M. Georges LEYGUES, un ministre qui va lui permettre de faire une expérience devant une commission officielle. Cette démonstration réussi parfaitement et les techniciens sont attirés par ses travaux.

Hélas, ils lui demandent son secret, ses plans et devant son refus, ils se détournent de ce projet. 
M. LEYGUES tentera de lui obtenir un sous-marin déclassé pour effectuer ses expériences sur une plus grande échelle mais il se heurte au cabinet militaire du ministre qui ne lui accordera pas.

L'inventeur n'est qu'un très modeste ouvrier, presque sans ressources, et il a dépensé ses économies pour mettre au point son invention. Il s'adresse alors à la presse et à l'opinion pour trouver des aides. Une souscription sera d'ailleurs ouverte en faveur de M. GUILLAUME.

Grâce à un petit yacht de plaisance de 10m, le Tout-à-flot, qu'il équipera de son invention, Julien GUILLAUME multiplie les démonstrations de Nantes à Choisy-le-Roi en se mettant volontairement en avarie. Il coule son bateau et revient à la surface en s'y maintenant de nouveau en flottaison. Il lui a fallu quatre années de recherches pour en arriver là.

A propos de son invention, Julien GUILLAUME déclare qu'elle est déconcertante pour le profane et même pour le marin. Elle repose sur un principe que tout le monde connait mais qui n'a jamais été appliqué.

Un sous-marin plonge en emplissant ses ballast et il remonte en chassant le liquide avec de l'air comprimé. Son invention est différente car elle remonte avec la charge d'eau qui n'a pas encore été évacuée ! C'est intéressant pour les sous-marins mais encore plus particulièrement dans le cas de bateaux présentant des avaries que son système peut maintenir à flot ou de bateaux qui ont coulé et que son invention peut faire sortir de l'eau. Il précise que ce dispositif est peu encombrant et proportionné à la taille du bateau. Pour son bateau de 10m, le système fait 25 kilos et pour un transatlantique, il faudrait un appareil de 10 tonnes pour l'empêcher de couler s'il se produisait une voie d'eau.
Pour le reste, comme en face des techniciens, l'inventeur conserve précieusement son secret.


Des brevets ?


Les brevets déposés par l'intéressé en 1932 et 1933, trouvés sur le site de l'INPI , nous fournissent quelques explications : il s'agirait d'un dispositif à changement de volume souple. C'est à dire à base de poches imperméables et souples dans lesquelles on souffle de l'air ou un gaz lèger. L'inventeur illustre son brevet par l'exemple d'un bidon de 100 litres entièrement percé et dont le poids serait de 20 kilos. Il place à l'intérieur une chambre à air capable de recevoir de l'air en quantité suffisante pour faire flotter les 20 kilos et il la gonfle avec de l'air comprimé en bouteilles ou provenant de pompes aspirantes ou refoulantes.

Ce système peut être employé dans toute embarcations depuis la petite barque jusqu'au plus grand paquebot. Il suffit de placer des appareils à changements de volume calculés comme grandeur au poids qu'ils auront à faire flotter quand ils seront dans la position de leur plus grand développement (en cas d'avarie). L'inventeur précise que l'on peut même comprimer par pression, sans lâcher d'air pour obtenir un changement de volume.

Voici donc le secret de notre inventeur, c'est le principe de la poussée d'Archimède finalement. L'histoire ne dit pas s'il a fait fortune mais si son système ne me semble pas utilisé de façon préventive sur les bateaux, l'utilisation de poches gonflables pour renflouer les navires coulés est toujours d'actualité.






























Le 24 juillet 1934 :









Le 08 mai 1934 :







Le 09 février1935 :









Le 09 février 1935 :









Les 10 et 11 février 1935 :










Le 28 juillet 1934 :